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One Direction, genre et pop-culture : on fait le poing (parfois dans sa poche, parfois dans les airs).

Episode 1 de la saison 1 de « How I Met Your One Direction »

« Boys band », « gay », « chanteurs à minettes », « mignons », « minets » : autant de qualificatifs régulièrement attribués au groupe One Direction qui ont trait, d’une manière ou d’une autre, au genre et aux études genre et qui émanent de la culture populaire. Le genre, c’est quoi ? Oui, ben, justement, ce billet est là pour tout clarifier.

« La théorie du genre ». La notion a été médiatisée ces dernières années, par exemple en toile de fond du débat sur le mariage homosexuel en France ou suite à une loi sur l’utilisation des toilettes publiques en Caroline du Nord qui oblige les individus à utiliser les WC qui correspondent au sexe qui leur a été assigné sur leur certificat de naissance. Sans vouloir tomber dans un débat stérile, notons que « la théorie du genre » n’existe en fait pas. Il y en a plusieurs et elles utilisent le concept de « genre » en le dissociant du « sexe », pouvant être ainsi définis :

« Le mot « sexe » se réfère aux différences biologiques entre mâles et femelles : à la différence visible entre leurs organes génitaux et à la différence corrélative entre leurs fonctions procréatives. Le « genre », lui, est une question de culture : il se réfère à la classification sociale en « masculin » et « féminin ». » (Oakley 1972 citée par Delphy 2001 : 246)

Séparation est faite ici entre le « genre » – qui différencie ce qui est socialement construit et compris comme étant féminin (se maquiller, mettre des jupes, être fragile, etc.) de ce qui est masculin (jouer au football, boire de la bière, être viril, ne pas pleurer, etc.) – et le « sexe », élément biologique (posséder des organes génitaux mâles ou femelles). Il est possible de débattre de la limite entre le biologique et le social, des limites de la vision binaire entre le masculin et le féminin, et du fait que la frontière entre organes génitaux n’est pas si net (hermaphroditisme, arrangement de chromosomes différent, etc.), mais ceci n’est pas essentiel au développement du propos de ce blog. Ce qui l’est, c’est qu’ici, une distinction est aussi faite entre les genres et la construction de chacun d’eux : c’est ce que le sociologue Erwing Goffman appelle « l’arrangement des sexes » (2002 [1977]: 46-47). Comme le montre les deux vidéos ci-dessous, il existe aujourd’hui dans la société des discours qui sous-entendent que le sexe détermine le genre d’un être humain. Le concept défini ci-avant permet aux sociologues de les déconstruire.

« Parce que quand on naît « garçon », on est garçon. Ca n’est pas une construction sociale (…) Moi, je n’ai pas envie qu’on dise à mes enfants, « papa porte une robe » ! » (à partir de 00:47)

(Source: Mots croisés de France 2 du 10 février 2014)

« A l’âge de dix ans, c’est un homme qui m’a appris à tricoter (…), et j’ai un très bon souvenir, je m’en souviens, mais, c’était contre-nature » (00:53)

(Source: Le Petit journal de Canal+ du 1er novembre 2012)

Dans ces propos, un lien naturel est fait entre le sexe et le genre, où le sexe précède et définit le genre dans une vision essentialiste. Ainsi, certains comportements sont mal acceptés parce que certaines actions genrées (porter une robe ou tricoter) s’éloignent du sexe biologique de la personne qui les performe. Ces comportements peuvent alors être compris comme déviants, voire comme étant une maladie (voir la vidéo extrait du Petit journal à partir de 00:27). Ces discours se tiennent dans ce que Judith Butler appelle la « matrice hétérosexuelle », dans une société occidentale hétéronormative (1999 [1990] : 30). Elle ajoute donc au sexe et au genre la notion de désir sexuel, de sexualité. La norme socialement construite, c’est-à-dire ce qui est considéré comme naturel, devient ainsi un homme masculin hétérosexuel et une femme féminine hétérosexuelle.

Des tensions naissent donc de l’éloignement de ces normes sociétales, déconstruites par les études genre. Et ce sont ces tensions qui seront au centre des posts suivants, notamment à travers cette question : comment le genre et la sexualité des membres du groupe de musique pop britannico-irlandais sont-ils perçus et interprétés par leurs fans et leurs « détracteurs » sur internet ? Genre, sexe, sexualité, masculinités, homosocialité et homosexualité seront des mots-clés, parmi d’autres, qui vogueront – à voile ou à vapeur – entre les lignes des analyses proposées.


Sources :

Butler, Judith. 1999 [1990]. Gender Trouble. Feminism and the Subversion of Identity. p. 1-46. New York, London : Routledge.

Delphy, Christine. 2001. Penser le genre, dans « L’Ennemi principal ». Paris : Syllepse

Goffman, Erving. 2002 [1977]. L’arrangement des sexes. Paris: La Dispute.